Les entreprises conscientes du phénomène 4.0, mais les TPME accusent encore du retard

La CGEM a présenté, le 08 janvier dernier, les résultats préliminaires d’une étude sur la transformation digitale des TPME, réalisée par le cabinet Officium, l’Observatoire marocain des pratiques managériales et la Fédération du commerce et services (CGEM).

Malgré que les résultats de l’étude qui n’ont pas encore été finalisés, on dispose aujourd’hui de moins de la moitié des données ayant été traitées à ce jour : 126 participants sur un total de 350 dirigeants et responsables d’entreprises sondés. Sur l’échantillon traité, les PME représentent 41% et les TPE seulement 17%. Ce qui nous amène à s’interroger sur la légitimité et la pertinence des chiffres avancés par le cabinet Officium, appelés à connaître une évolution certaine.

Désormais, la digitalisation dépasse l’effet de mode, elle constitue un style de vie, de par le monde mais cet environnement est-il pour autant idéal ? La réponse est toute simple. On ne parle plus d’un monde globalisé, comme cela a été le cas pendant des décennies mais d’un univers digitalisé où les quatre coins du monde sont connectés. Une connexion à forte valeur ajoutée. Mais, pour le mesurer, il n’y a qu’à voir aujourd’hui le volume de l’économie numérique.

Rien qu’à voir qu’en rapport avec notre métier de journaliste, on se demande aujourd’hui comment on pouvait produire un journal sans Internet, comment commercialiser ce même produit hors de l’économie réelle. En revanche, ce monde virtuel, qui génère une richesse réelle n’est pas sans inconvénients. Hormis la destruction de millions d’emplois, sur un plan purement moral, toutes les sociétés, sans exception aucune, perdent leurs valeurs, leurs spécificités.

En effet, la révolution numérique continue de marquer le monde de l’entreprise chamboulant ainsi tous ses paradigmes. Ainsi, à l’ère de la digitalisation, de nouveaux concepts émergent. Le plus tendance ces derniers jours est le  «4.0». Loin d’être une simple appellation, le  «4.0» est devenu un phénomène qui envahit la sphère entrepreneuriale promettant en perspective une meilleure productivité et plus de compétitivité.

Pour ce faire, une étude est actuellement en cours pour analyser la perception des entreprises marocaines petites ou grandes de ce phénomène ainsi que les enjeux associés. Cette enquête, menée par le cabinet de conseil Officium en partenariat avec l’Observatoire marocain des pratiques de management (OMPM) et la Fédération du commerce et services relevant de la CGEM, a permis de mesurer l’impact de cette digitalisation sur le tissu entrepreneurial national.

Selon le préambule de cette enquête, il en ressort donc une bonne compréhension du phénomène qui est due essentiellement aux efforts engagés par les différentes parties prenantes en matière de sensibilisation. En effet, les résultats préliminaires de l’enquête démontrent qu’il y a une réelle prise de conscience de l’importance de la digitalisation de par le monde.

Néanmoins, des défis restent à relever pour réussir cette transition. Parmi les principaux enjeux identifiés figurent le défi humain, le développement de nouvelles compétences, la réingénierie des méthodes de travail ainsi que la gestion de la cybersécurité pour plus de protection de l’information sensible et le savoir-faire.

Ainsi, en examinant l’état de maturité de la transformation digitale au sein de l’entreprise marocaine, il ressort que malgré la connaissance des dirigeants de l’intérêt de la digitalisation, la réalité reste différente des perceptions.

Dans ce sens, le premier constat relevé montre que 82,4% des entreprises sondées, dont 77% de TPME, déclarent avoir déjà connaissance du «phénomène» 4.0. Sauf que la notion même de transformation digitale ne semble pas la même pour toutes lesentreprises.

En effet, alors que 72,3% des répondants (dont 57,14% de TPME) décrivent le phénomène 4.0 sous forme d’une entreprise «intelligente et communicante», ils sont à peine 9,80% à l’assimiler à une entreprise informatisée, 2,70% à une entreprise robotisée, et 0,90% à une entreprise agile et digitalisée. Ce qui représente tout de même un écart conséquent entre la perception de la transformation digitale, et les moyens à mettre en œuvre pour atteindre l’objectif escompté.

Pourtant, les mêmes entreprises sondées estiment à 33,3% que la révolution 4.0 est un ensemble d’outils technologiques, permettant de moderniser les systèmes de production. 34% l’assimilent à une nouvelle vision de l’entreprise, assortie d’une transformation radicale pour s’adapter à son environnement. Et 19,8% y voient un vecteur d’opportunités business de leurs activités professionnelles.

Les TPME accusent encore du retard

D’ailleurs, cette étude continue de livrer des résultats qui nous laissent quelque peu perplexes … 64,30% des sondés voient en l’intelligence artificielle la technologie qui caractérise le mieux une entreprise 4.0. 61,90% l’assimile à l’internet des objets ou à la digitalisation des processus de gestion, et 57,90% au big data. Ce qui est une assez bonne chose.

Alors que, comme mentionné plus haut, ces mêmes entreprises sondées sont uniquement 9,80% à assimiler le 4.0 à une entreprise informatisée – et à peine 0,90% la décrivent comme une entreprise agile et digitalisée ! Paradoxe ou biais statistique ? Il faudra attendre les résultats définitifs de l’étude pour trancher.

Le même constat se reflète, quoique dans une moindre mesure, dans l’identification des principaux enjeux liés à la transformation digitale. 42,1% des entreprises sont disposées à se convertir au 4.0 afin d’adapter leur système de production aux défis technologiques. 22,2% pour maintenir leur compétitivité et seuls 19,8% pour développer la capacité à innover. Alors que, en termes de gains escomptés, 57,90% y voient un levier de renforcement de l’innovation, et 67,5% une amélioration de l’efficience de l’entreprise.

Au titre des défis identifiés par les entreprises désireuses d’aborder le virage de la digitalisation, les sondés déclarent à 67,5% être confrontés à des défis liés à la compétence des RH, 51,60% sont limités par la réingénierie des méthodes de travail et des procédures, et 39,70% avancent l’argument financier comme principal défi pour opérer leur transformation digitale.

Seulement 30% des TPME ont un projet de digitalisation

Parmi les entreprises sondées dans le cadre de l’étude menée par le cabinet Officium, 30,8% des TPME affirment mener actuellement un projet global de digitalisation. Mais pour le tiers des responsables de TPME sondés (32,9%), la transformation digitale est une question qui n’a jamais été abordée en entreprise. Et 36,3% de ces entreprises sont au stade de la réflexion et de la recherche documentaire.

Toutefois, 63% des dirigeants des TPME interrogés estiment ne pas disposer des compétences et de l’expertise nécessaire pour initier un processus de transformation digitale.

Les résultats définitifs de l’étude seront certainement différents, bien que l’on ignore dans quelles proportions à ce stade. Ce qui est certain, c’est que cette étude révèle tout de même à quel point les TPME marocaines sont à la traine en matière de transformation digitale. Les différents programmes et stratégies numériques initiés par le ministère du Commerce et de l’Industrie semblent avoir eu un impact très restreint sur la réalité de l’entreprise marocaine.

Mais ce qui interpelle surtout, c’est le décalage énorme entre la perception des dirigeants sondés et l’évolution fulgurante du monde du travail. Le Forum économique mondial estimant notamment que 52% des taches professionnelles courantes seront automatisées dès 2025… Compte tenu des résultats de cette étude, c’est tout un pan de l’économie marocaine qui risque d’être décimé si un travail nécessaire d’adaptation n’est pas mis en place selon une stratégie adéquate à ce phénomène du 4.0.

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