Entretien avec Aziz BENAMI

Tourisme et gastronomie : Extrêmement actif dans le domaine culturel et associatif, mais également dans celui du tourisme, de nombreuses personnes connaissent votre dynamisme. Mais qui est vraiment M. Aziz Benami ?

Aziz Benami : Je voudrais de prime abord remercier la revue Tourisme et Gastronomie pour cet intérêt porté à mon égard. Cela révèle, à mon avis, votre sensibilité et votre engagement par rapport aux forces vives de notre pays, de manière générale et plus particulièrement celles qui s’activent dans le domaine du tourisme.

Pour ce qui me concerne, je vous dirai simplement que je suis né en 1985 à Erfoud, une petite ville se trouvant dans la province d’Errachidia. De nombreuses raisons liées notamment à mes origines et à mon éducation ont fait que, très jeune, j’ai été obsédé par l’idée que je dois absolument oeuvrer dans la perspective d’impacter positivement ma communauté, aussi bien proche que lointaine, notamment par le biais de l’éducation.

Mes activités précoces de guide de tourisme ont été pour beaucoup dans le choix de l’ISITT, établissement de formation que j’ai rejoint en 2004 et dont je suis lauréat. Mais, même si j’ai continué mon parcours universitaire au sein d’autres établissements comme l’ENCG où je prépare actuellement une thèse de Doctorat, je suis resté très attaché à l’ISITT. C’est peut-être ce qui a contribué à ma consécration en tant que président de l’ALISITT, il y a environ une année.

Tourisme et gastronomie : Les échos que nous avons eus au sujet de votre élection font justement état d’une personne fortement impliquée dans la vie de l’ISITT, mais aussi et surtout porteuse d’une vision nouvelle et ambitieuse pour cette association. Quelle a été votre principale motivation pour vous présenter à cette responsabilité ?

Aziz Benami : Mon intérêt pour l’ALISITT remonte quasiment à la première année où j’ai rejoint cet établissement. Et c’est au fil des années passées sur les bancs de cet institut et, par la suite à exercer dans le domaine du tourisme, que ma détermination à prendre les manettes de cette association grandissait, notamment eu égard aux améliorations qui, de mon point de vue, pourront être apportées à la manière de gérer cette association et de la mettre au service des lauréats.

Mes arguments ont pu atteindre les membres qui m’ont honoré de leur confiance et c’est ainsi que je suis devenu le plus jeune président pour cette association, vieille maintenant de 27 ans.

Pour vous répondre au sujet de mes motivations à briguer ce poste, je n’ai eu d’autre raison à part celle de faire de cette association un tremplin servant à promouvoir les lauréats de l’ISITT sur le marché du travail, tout en assurant son rayonnement et son positionnement en tant que structure incontournable pour tout ce qui concerne les métiers du tourisme au Maroc.

Tourisme et gastronomie : Revenons à votre parcours de formation. Vous me disiez il y a un instant que vous préparez une thèse de doctorat. Quel en est le sujet ?

Aziz Benami : Fidèle à moi-même et à l’ISITT, je suis resté dans le domaine du tourisme. Le sujet sur lequel je travaille en ce moment pour l’obtention d’un doctorat, dont la soutenance aura lieu inchaa ALLAH dans 6 à 7 mois environ, est le rôle du marketing territorial dans le développement touristique : cas de la ville de Tanger.

Tourisme et gastronomie : Pour le chercheur universitaire que vous êtes, pouvez- vous nous dire en deux mots en quoi consiste la gouvernance territoriale, terme que l’on entend de plus en plus souvent ?

Aziz Benami : C’est un peu difficile de vous en parler brièvement, mais je dirai simplement que la gouvernance territoriale correspond à une modalité nouvelle de gestion des affaires locales, basée essentiellement sur une rationalité meilleure et une optimisation de toutes les richesses et les potentialités dont dispose un territoire donné.

Or, tout le monde est d’accord pour estimer que l’optimisation des richesses d’un territoire ne saurait se réaliser que par le biais de la valorisation et de la mobilisation de toutes les ressources (humaines et matérielles) ainsi que par la régulation et la gouvernance du territoire dans le cadre d’un système partenarial avec les acteurs concernés, et ce en veillant à la mise en place de plusieurs formes de consensus au sujet des choix et des priorités politiques, sociales et de développement.

Autrement dit, la gouvernance territoriale nécessite forcément la mise en place de nouvelles modalités de gestion des affaires publiques basées essentiellement sur la concertation entre les différents acteurs dont une grande partie n’avait pas droit auparavant à ce genre de prérogative (comme par exemple les acteurs de la société civile).

Tourisme et gastronomie : Qu’en est-il pour le marketing territorial ? Comment peut-il contribuer à la valorisation d’une destination touristique comme celle de Tanger ?

Aziz Benami : Nous pouvons définir le marketing territorial comme un dispositif complexe mis au service de l’ajustement proactif des politiques de développement du territoire. Le marketing territorial se veut avant tout comme étant la manière de concevoir et de mettre en œuvre la politique de développement territorial, et ce de telle manière à correspondre, au mieux, aux spécificités du territoire en question ainsi qu’aux attentes de ses usagers réels et escomptés.

Et c’est certainement dans le but de renforcer l’efficacité et l’adéquation des politiques territoriales de développement aux attentes des usagers vis-à-vis des territoires les concernant, que le concept d’intelligence territoriale est né, avec comme mission de faire en sorte que les projets de développement, qu’ils soient publics ou privés, puissent tirer profit de la veille ainsi que d’autres outils d’analyse et de prospective à même d’aider à optimiser les potentialités du territoire.

Tourisme et gastronomie : Que pouvez-vous nous dire au sujet de Tanger et du marketing territorial qui lui est réservé ?

Aziz BENAMI : Le cas de Tanger est intéressant à étudier pour la compréhension des logiques relatives notamment à la gouvernance territoriale et au marketing y afférent notamment dans le contexte de la dynamique économique effervescente que des villes de ce genre connaissent aujourd’hui.

Car, si Tanger continue à attirer des flux importants (de capitaux, de travailleurs, de touristes, de nouveaux résidents, etc.), et ce notamment à la faveur de sa position géographique, de son passé culturel prestigieux, de ses multiples plages situées aussi bien sur la Méditerranée que sur l’Atlantique, de ses sites naturels, de ses infrastructures d’hébergement, etc., de nombreuses difficultés se mettent toujours néanmoins en travers de la cohérence de son développement territorial et urbanistique, et, partant, de la mise en place d’un marketing territorial à même de véhiculer l’image de marque de cette ville.

Nombreux sont les observateurs qui soulignent, en effet, qu’en dépit de ses fortes potentialités, Tanger peine encore à se doter des conditions et des outils nécessaires pour la mise en place d’un marketing territorial tout aussi efficace que correspondant à son image de marque en tant que l’une des métropoles marocaines les plus importantes sur le plan économique et au patrimoine culturel et historique prestigieux.

Tourisme et gastronomie : pouvez-vous expliciter votre propos et donner des exemples précis ?

Aziz BENAMI : Les problèmes qui entravent l’efficacité du marketing territorial de Tanger, et par conséquent la réussite de toute stratégie de marketing touristique au sein de cette ville sont divers et variés. Je n’en citerai que deux ou trois parmi les plus importants.

Le premier problème est l’espace urbain qui s’est trouvé victime d’intenses pratiques spéculatives. Comme vous le savez, la multitude des projets de développement initiés concomitamment au sein de Tanger et de sa périphérie a eu pour conséquence immédiate, une augmentation exponentielle de la population urbaine, occasionnant, par ricochet, une pression extrêmement forte sur l’habitat et les équipements urbains.

Ainsi, il est évident que la multiplication trop rapide de la population urbaine à Tanger, ne pourrait avoir comme conséquence, que la mise des équipements urbains sous une très forte pression susceptible d’en menacer l’harmonie et la cohérence.

Or, n’ayant pas été intelligemment anticipée, l’affluence massive des travailleurs a mis en exergue l’inadéquation des équipements urbains existants, aux besoins réels des populations récemment installées à Tanger dans le cadre de la nouvelle dynamique économique.

Le deuxième problème, qui découle du premier est celui de l’espace urbain qui manque de cohérence, car l’arrivée en masse de milliers de nouveaux habitants et leur intégration dans une logique métropolitaine, sans que cela ait fait l’objet d’une préparation sérieuse en amont, a très vite plongé la ville de Tanger et sa périphérie dans de graves difficultés urbanistiques caractérisés notamment par une très forte pression sur les équipements et les services destinés à l’habitant.

Le troisième problème concerne les acteurs locaux qui n’ont pas été associés à la conception et à la réalisation des principaux projets. C’est ce qui explique le faible degré d’appropriation de cette dynamique de développement que Tanger connaît, par les populations locales qui expriment une désapprobation à l’égard des projets de développement conçus et mis en place au niveau central, sans en avoir été ni consultées, ni impliquées.

Tourisme et gastronomie : Sur le plan touristique, ce début d’année s’est caractérisé par une surprise de taille : la démission du président actuel du CRT et l’annonce des élections anticipées. Seriez-vous candidat à ce poste ?

Aziz BENAMI : C’est un peu tôt pour le dire maintenant, mais j’avoue que, comme pour la présidence de l’ALISITT, l’idée me trottait dans la tête il y a longtemps déjà. Mais je ne déposerai effectivement ma candidature que si je parviens d’ici l’ouverture officielle du scrutin, à finaliser un plan d’action clair, ambitieux et opérationnel destinés à promouvoir le tourisme dans la région de Tanger-Tétouan- Al Houceima et dont les bénéficiaires principaux sont les acteurs et les chevilles ouvrières de ce secteur qui ont grandement besoin que l’on s’intéresse à eux, à leur difficultés quotidiennes et que l’on mette en œuvre toutes actions adéquates leur permettant de réaliser les ambitieux objectifs tracés par SM le Roi Mohammed VI que DIEU le glorifie, pour cette région. Je ne me présenterai pas non plus si je n’ai pas la certitude que j’ai la confiance du maximum possible des acteurs-clé de ce secteur avec lesquels je compte travailler en concertation totale et continuelle en faisant de leurs doléances l’une ma principale priorité.

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