Rencontres Africaines de l’efficacité énergétique Quid du modèle pour nos villes ?

La 5ème édition des Rencontres africaines de l’efficacité énergétique (RAEE), organisée,  le 13 mars à Casablanca, sous le thème « L’éclairage public & smart cities » a été riche en enseignement. C’est Aziz Rabbah, ministre de l’Énergie, des mines et du développement durable, et maire de Kenitra, qui a inauguré cette édition, en présence de nombreuses personnalités dont deux autres maires, notamment Abdelaziz Omari et Mohamed Seddiki, respectivement maires de Casablanca et Rabat.

Au cœur du débat de cette 5ème édition des Rencontres africaines de l’efficacité énergétique Rabbah qui s’est senti directement impliqué en tant que maire de Kenitra et ministre de tutelle a fait une allocution qui n’a pas été du goût de l’assistance, tout en annonçant que «l’efficacité énergétique est un grand défi pour les villes qui veulent aller vers la durabilité». Il a également rappelé que la plupart des solutions à la pollution, (70% de la pollution mondiale vient des villes), à l’éclairage public (2ème dépense des villes), au transport urbain (1er consommateur d’énergie fossile avec un taux de 37%), aux bâtiments (2ème consommateur d’énergie fossile avec un taux de 35%) et à l’industrie (3ème consommateur avec 19%), dépendront des énergies propres et des villes durables.

Cependant, le ministre s’est interrogé sur le modèle de gestion et de gouvernance à mettre en place. Il s’est ainsi adressé aux experts présents dans l’assistance en leur lançant : «Quel est le modèle de gestion qu’il faudrait instaurer dans les villes marocaines pour y gérer au mieux l’efficacité énergétique ?». une manière pour lui de leur dire que il faut se pencher sérieusement sur ce thème qui lui permettrait en tant que maire d’aller de l’avant dans le domaine de l’efficacité énergétique qui peut se révéler un vrai levier pour la croissance économique, notamment à travers les énormes économies qu’elle peut générer.

Pour ce faire, le ministre les a orientés vers quatre pistes de réflexion. Primo, concernant la technologie qui, selon lui, est aujourd’hui disponible et facile d’accès parce que ses prix ont beaucoup baissé. Secundo, au niveau institutionnel, il a pensé à la SDL (Société de Développement Local) comme solution pour la gouvernance. Mais, il ne s’agira plus d’une SDL par ville mais plutôt d’une SDL pour plusieurs villes à la fois. Autrement dit, une SDL multi-villes, qui gérera par exemple l’éclairage public dans différentes villes, ce qui lui permettra de faire d’importantes économies d’échelle en matière d’achat mais également de maintenance.

Tertio, Rabbah a lancé un appel aux experts afin de se pencher sur les ressources humaines, une composante nécessaire pour accompagner les transformations envisagées dans le modèle à mettre en place. Outre la technique, ces compétences devront être formées dans le juridique, le management, le marketing, etc. Il a beaucoup insisté sur cette question, en faisant allusion à des expériences qui sont déjà menées sans qu’il y ait ces profils pour les accompagner. Le maire pense notamment aux villes nouvelles construites, entre autres par Al Omrane où il y a un réel besoin en ce domaine.

Quarto, Rabbah pense aussi que le citoyen a droit à une liberté énergétique. Citant les exemples de l’Allemagne où 40% de ses ressortissants utilisent de l’énergie hors réseau et de l’Espagne toute proche où ce ratio se situe à 25%, en citant également ce qui se fait actuellement en matière de liberté énergétique dans le secteur agricole au Maroc où le recours aux pompages électriques s’est fortement développé. Et d’ajouter que le gouvernement doit accompagner les citoyens vers la liberté énergétique pour deux raisons. La première afin de leur permettre d’acheter la bonne solution. La seconde raison réside dans le fait que l’État va se retrouver obligé de revoir l’équilibre énergétique du pays.

Il a également annoncé que son département est en train de travailler dans ce sens avec l’ONEE qui doit dès maintenant penser à de nouveaux services qui combleront le manque à gagner ainsi institutionnalisé. Aziz Rabbah a clôturé la séance d’ouverture des 5èmes Rencontres africaines de l’efficacité énergétique par quatre annonces. Les projets d’efficacité énergétique sur l’exemplarité de l’État ont déjà démarré, notamment avec l’achat de voitures hybrides et/ou électriques. Les textes relatifs à l’audit énergétique, les normes et le statut de Super Esco de la SIE seront bientôt publiés pour boucler tout l’arsenal juridique sur l’efficacité énergétique. Le 4C Maroc, qui a tenu son conseil d’administration dernièrement à Rabat, est devenu un centre d’excellence pour tout le continent africain. Le Centre de l’AMEE à Marrakech le sera aussi incessamment.

Pour sa part, Mohamed El Houari, directeur du pôle efficacité énergétique à l’Agence marocaine de l’efficacité énergétique (AMEE) a précisé que l’économie de l’efficacité énergétique touche l’ensemble des secteurs notamment l’industrie, le bâtiment, le transport, la pêche et l’éclairage public, notant que ce dernier renvoie à des investissements qui sont rentables et constitue une part importante des dépenses des communes urbaines et rurales. Et d’ajouter que le travail de l’Agence consiste à présenter des solutions techniques, technologiques et financières, mais aussi de développer de bonnes pratiques notamment à travers la sensibilisation et l’organisation des conférences en la matière.

Dans ce sens, des élus et des acteurs de l’éclairage public ainsi que des bailleurs de fonds comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la banque allemande KFW ont exposé des cas concrets de projets en liaison avec le financement de l’éclairage public lors de cette édition organisée également en partenariat avec l’agence des pays du G20 pour l’efficacité énergétique (IPPEC), et le think tank américain spécialisé dans le développement durable (IGSD).

Au menu de ces rencontres il y avait plusieurs mini conférences , où il a été question de « l’éclairage efficace, pilier de la ville durable », « projets concrets des villes marocaines » et « solutions technologiques pour l’éclairage public et smart cities », ainsi que deux workshops pour présenter les nouvelles solutions technologiques, à savoir  « Efficacité énergétique et smart cities » et «Financement et bailleurs de fonds ».

Cette édition a vu également la participation d’intervenants et de représentants de la ville de Toulouse qui ont présenté un Benchmark sur les chantiers en cours sur les lampadaires « smart » qui intègrent l’intelligence artificielle, et de nombreux professionnels de l’écosystème énergétique et des villes ainsi que des experts de l’efficacité énergétique marocains et internationaux.

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